Une montagne de corps pour Caligula.

Categorie: Divers, Parutions, Réflexions et analyses

Publié le: 08/12/2010

Récemment, j’ai été contacté par Pierre-Édouard Chomette alias PEC, de la troupe des Exclamateurs, qui est en train de monter « Caligula », au théâtre Calixa-Lavallée, et qui cherchait à réaliser une affiche.
J’étais bien intéressé de pouvoir travailler sur un thème si riche, mais aussi si délicat en raison de tous les « clichés » qui risquaient de me traverser l’esprit. Je me devais d’être doublement vigilant avec un sujet comme celui-là.

Une rencontre autour d’un bon café, avec PEC, m’a permis de connaitre la vision de son « Caligula », et de définir assez rapidement un concept autour duquel un paquet de difficultés allaient m’attendre.

 

Affiche pour la pièce de théâtre Caligula – Les Exclamateurs - 2011
Affiche pour la pièce de théâtre Caligula – Les Exclamateurs

J’ai voulu illustrer les victimes de Caligula en créant une montagne de corps, juste derrière lui, qui racontent ses actes tout en laissant une certaine part d’ambiguïté, qui est aussi celle de Caligula face à ses victimes.
Ces corps sont-ils vivants ou morts ? Ou bien viennent-ils de s’épuiser dans une orgie ?

Si on veut bien comprendre le contexte, il faut commencer par savoir que les Exclamateurs est une troupe amateur. Quand j’ai discuté du projet avec PEC, il m’a expliqué comment les comédiens seraient habillés pour la pièce. De là, j’ai décidé que Caligula serait habillé plus sombre que ses victimes. Par ailleurs, les corps devraient être maquillés très pâles, contrairement à Caligula qui serait plutôt noirci…
D’accord, tout ça était plutôt évident !

Mais ce qui me « chicotait », c’était d’imaginer cette montagne de corps habillés avec des drapés dans les tons de gris. Je n’y voyais qu’une masse de tissus avec quelques têtes, pieds et mains qui sortaient, et à vrai dire, autant j’étais convaincu de la présence de cette montagne de corps, par rapport au cadrage et à l’histoire que je voulais décrire, autant j’avais des doutes sur l’aspect visuel qui pourrait en résulter.
En plaisantant à moitié, j’ai donc avoué à PEC que si les corps étaient nus, ça aurait franchement une force bien différente, et beaucoup plus de sens également !!!
Mais sa réaction a été assez attendue: « C’est sûr, mais n’oublie pas qu’on a affaire à une troupe amateur, et ça m’étonnerait fort qu’ils acceptent ! »
Par ailleurs, j’ai demandé également à PEC de ne strictement rien dire aux comédiens concernant ce qui allait se passer, car je voulais qu’ils se retrouvent dans cette aventure avec une énergie complètement neuve, et le « plein » d’adrénaline qu’allait provoquer la surprise du concept.

Mais une énigme restait à résoudre:
– Comment faire une montagne de corps, une vraie, avec un sommet, sans que personne n’étouffe, ne se blesse, ou ne parte au milieu de la prise de vue en me disant que je suis complètement cinglé de leur faire faire ça ?

Réponse:
On met un « bean-bag » bien moelleux au centre, et le tour est joué !

Le jour « J », j’ai attendu que tous les comédiens soient présents afin de leur dévoiler le projet, mais seulement après quelques verres de vin, du bon pain et du bon fromage…. Pas une orgie, mais quand même, il faut ce qu’il faut ! ;-)

Ils ont tous eu l’air abasourdis en m’écoutant décrire ce que j’avais en tête, et en même temps très excités par l’aventure qui les attendait ! Le punch final a été quand je leur ai annoncé qu’il y avait des drapés de tissus qui les attendaient pour se couvrir, mais que quant à moi, l’image serait bien plus forte si certains acceptaient de se dénuder un peu, et pourquoi pas de montrer un sein ? Silence …… puis l’une des filles annonça que ça ne la dérangeait pas ! C’était gagné, d’autres suivirent et tout le monde a vu assez rapidement que « le jeu en valait la chandelle » !

Ensuite, séance collective de maquillage au talc (« poudre à bébé » comme on dit icit !), et rapidement, le studio fut baigné, immaculé d’une poudre blanche qui sentait le poupon.

Restait à trouver comment assembler « les morceaux » pour créer ma montagne, et à savoir quel objectif utiliser, pour créer cette perspective, car je voulais pour donner de la force à l’image, que la montagne soit légèrement plus haute que Caligula.

Après quelques essais, une bonne dose de patience et le « professionnalisme » épatant de tous ces amateurs, voilà qui fut fait ….

C’était vraiment une très belle expérience pour tout le monde, moi y compris, et j’espère que cette vision vous aura plu autant qu’à moi.

Merci à tous ceux qui ont contribué à la création de cette image, et qui ont rendu tout cela possible, avec si peu de moyens !

À bientôt !

PS: Si le coeur vous en dit et que vous êtes à Montréal en janvier, vous pourriez aussi aller voir la pièce !